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« Un péage urbain pour financer la gratuité des tl :
étude dune solution écologique et sociale pour Lausanne »
Alain Hubler
et
Evelyne Knecht
15 septembre 2004
1. Mobilité urbaine La mobilité tend aujourdhui à être considérée comme un droit acquis et inaliénable. Lexercice de ce « droit » a pourtant des conséquences sur lenvironnement, sur la qualité de vie et sur la santé de celles et ceux qui subissent les conséquences de cette mobilité. La ville est un bien collectif, fournisseur de services, de plaisirs, de culture, etc. dont laccès doit être garanti à chacun, mais pas au détriment de ses seuls habitants. Il se trouve cependant, quactuellement, les habitants qui en ont les moyens ont tendance à quitter Lausanne pour sétablir en périphérie, quitte à « penduler » chaque jour. Cest sans surprise que le recensement fédéral nous apprend que les plus grands pendulaires motorisés sont des dirigeants qui habitent des maisons individuelles et que les plus fidèles usagers des transports publics sont des ouvriers non-qualifiés ou des jeunes en formation habitant dans des immeubles . Le développement de la voiture, spécialement en ville, a ce quil est convenu dappeler un coût externe assumé par les usagers des transports publics et par les contribuables. Les usagers des transports publics passent donc deux fois à la caisse ! Dès lors, léquité voudrait que les adeptes du transport individuel participent aussi doublement au financement des transports publics. Il ne sagit pas de stigmatiser les automobilistes, mais de les faire participer au paiement de ce coût externe. 2. Qualité de vie: pour qui? La volonté de quitter la ville s'installe chez le citadin qui en a les moyens dès le moment où sa qualité de vie ne lui donne plus satisfaction. De façon générale, il cherche à quitter les zones de forte urbanisation pour ne plus subir les nuisances causées par le trafic et la pollution que ce dernier induit. Dès lors, il participe à l'augmentation de ces nuisances pour celui qui n'est pas parti. Lentrée en ville de véhicules pendulaires est liée à la quête despace et de calme de certaines catégorie dhabitants : « Les familles tendent à quitter la ville pour sétablir dans la couronne, où elles recherchent des logements plus spacieux et un environnement plus attrayant » Ainsi donc la quête de calme et despace des uns restreint le calme et lespace des autres. Là encore, il ne sagit pas de stigmatiser ce comportement, mais de faire participer équitablement les pendulaires à « lamortissement » des nuisances quils créent. 3. Pollution et circulation à Lausanne Comme la majorité des villes-centre de moyenne et grande taille, Lausanne néchappe pas à laugmentation de pollution due, notamment, au trafic. À ce sujet, le rapport de gestion 2003 est clair : « Tout le centre de la ville subit des immiscions dépassant la valeur limite _annuelle relative au dioxyde dazote, NO2, qui doit être comparée à la_ moyenne annuelle mesurée. Laugmentation de la teneur de lair en dioxyde dazote, NO2, déjà mentionnée lan dernier, se poursuit. La limite journalière a été dépassée le 25 février, ce qui ne sétait plus produit depuis 1998._De manière générale, on assiste depuis deux ans à une lente augmentation de la pollution par le dioxyde dazote, probablement liée à celle des prestations kilométriques et à la proportion croissante des véhicules diesel. » La diminution du taux de dioxyde dazote, NO2, a dailleurs été utilisée dans le cadre de la campagne sur la votation du m2. On peut lire sur les piliers informatifs : « ... les valeurs actuelle, principalement dans le couloir nord-est de la ville restent cependant supérieures aux limites fixées par lOrdonnance fédérale sur la protection de lair » La pollution par le dioxyde dazote, NO2, nest pas le seul critère à retenir. Si lintroduction du catalyseur a permis une diminution de laugmentation de certains polluants, dont le dioxyde dazote, les gaz à effet de serre et le bruit sont toujours en augmentation constante. Seule une diminution du trafic des véhicules possédant des moteurs à explosion est en mesure darranger les choses. Par ailleurs, la circulation automobile en ville de Lausanne ne cesse de croître depuis 1960. Si lon a pu enregistrer une légère diminution entre 1990 et 1995 (due à la récession économique), depuis 2000, on assiste à nouveau à une augmentation de lentrée de véhicules en ville . 4. Péage urbain Le péage urbain est un usage de plus en plus courant pour lutter contre la pollution croissante et l'invasion automobile dans les agglomérations. Certaines villes du monde, comme Oslo, Singapour, Londres, Trondheim (140'000 habitants) ont décidé de restreindre lentrée de leur ville en instaurant un péage urbain. Mais le péage urbain n'a de sens que s'il est utilisé à bon escient. Lobjectif dun péage à lentrée de la ville ne doit pas être, comme le suggère la conseillère dEtat zurichoise Dorothée Fierz, de « trouver des moyens financiers pour assurer lentretien et la construction des routes » car cela participe encore à améliorer la situation de la voiture et surtout à faire payer la route aux automobilistes sans leur offrir dalternative. Selon nous, le rôle du péage urbain doit être triple. D'abord un « rôle environnemental » dans sa contribution à la diminution de la pollution et des nuisances, puis un « rôle social » par le financement des transports publics et un « rôle dorientation » qui consiste à redistribuer la circulation des voitures et qui doit aboutir à la diminution globale de la circulation en ville et par conséquent assurer une meilleure fluidité du trafic, spécialement aux heures de pointe. Le but du péage urbain est la diminution de la circulation et par conséquent des nuisances en ville. Il faut lui attribuer un rôle écologique et social mais pas économique, c'est pourquoi nous pensons qu'il est essentiel de le coupler avec la gratuité des transports publics. Car qui dit péage, dit revenus et diminution de la circulation. Ainsi certains automobilistes vont payer pour entrer en ville alors que dautres vont renoncer à utiliser leur véhicule et se rabattre sur les transports publics. A mobilité constante, si le péage urbain induit une diminution de la circulation, il induit une augmentation de lusage des transports publics. Le péage urbain na alors de sens que si les montants récoltés sont entièrement et directement affectés aux transports publics. En effet, lacceptation dun péage nest possible quà partir du moment où le produit de ce péage est affecté à une cause qui va dans le même sens, et non dans son contraire (comme les routes par exemple). Pour lautomobiliste, des transports publics gratuits et un péage urbain vont aboutir à une diminution du nombre de voitures en ville et donc, à une circulation fluidifiée. Cela nest possible que si les transports publics constituent une option sérieuse en termes de capacité et de prix. Le péage devrait permettre de récolter les fonds nécessaires. En résumé, nous pensons quun transport individuel fluidifié à lintérieur de la ville se paye et doit financer le transport en commun qui crée cette fluidité. Tout le monde y gagne : lenvironnement, les usagers des transports publics, les automobilistes et les habitants. 5. Transports publics et communauté tarifaire Depuis la Seconde Guerre mondiale, la concurrence de la voiture a fait passer les transports publics de rentables à largement déficitaires. Actuellement les tl sont financés à 58 % par les pouvoirs publics. L'entrée en vigueur de la communauté tarifaire en décembre 2005 va engendrer pour la majorité des usagers des tl une augmentation des tarifs de lordre de 10 à 20 %. Selon les autorités, cette augmentation est inéluctable, au moins dans un premier temps, et est largement compensée par les avantages liés au billet unique. Selon Daniel Brélaz « La première année les communautés tarifaires profitent surtout à la périphérie. Cela séquilibre avec laugmentation des passagers liée aux énormes avantages du système. » Sil est vrai que tous les vaudois vont participer à lamélioration des transports publics lausannois en participant au financement de la construction du métro m2, il est aussi vrai que les habitants de lagglomération lausannoise vont payer deux fois le prix fort : une fois pour le m2 et une deuxième fois par laugmentation des tarifs tl dans le cadre de la communauté tarifaire. Cette augmentation rendra les transports publics moins attractifs, spécialement pour les usagers les plus modestes, notamment les familles avec enfants. Celles et ceux qui persistent ou sont obligés ( !) à vivre en ville tout en subissant ses nuisances sont bien mal récompensés ! 6. La gratuité des transports publics La gratuité des transports publics a été un thème d'actualité, déjà dans les années 60. _A l'époque le Conseil du grand Londres fut tenté de décréter les transports en commun gratuits. Ce débat est en train de réémerger, porté par les problématiques environnementales et sociales comme la liberté de circulation, la marchandisation de la planète, légalité daccès, le désastre écologique, laménagement de lespace urbain, le service public, etc. A Bruxelles et à Liège le Collectif Sans Ticket (CST) a vu le jour en 1998. A la base, il y avait des collectifs de chômeurs et un centre social qui ne pouvaient plus supporter les dépenses de transport liées à leurs activités, les tarifs pratiqués s'avérant une entrave majeure à la possibilité de bouger. Le CST se fonde sur la base de conditions dexistence commune (travailleurs précaires, chômeurs, allocataires sociaux, étudiants) autour de lidée dun projet de transports de service public accessible à tous indépendamment du statut ou des revenus. Le CST à Marseille a tenté de sensibiliser les usagers à la question de la gratuité des transports publics par un autre biais. Selon eux, la billetterie ne représente que 30 % du budget, ce qui rembourse à peine la fabrication des billets, lentretien des machines à composter et les contrôles. Le principe de gratuité des transports publics, bien que contraire à la logique économique de notre société actuelle, ne relève pas de l'utopie. En Belgique, la ville d'Hasselt a instauré la gratuité des transports sur tout son réseau urbain. « Les effets secondaires positifs qui sensuivirent sont parlants: - nette diminution des accidents de la circulation, - diminution des charges pour le service de la voirie, - augmentation de lactivité sociale entre les résidents du centre ville_(par exemple, 30% de visites en plus à lhôpital), - modification de limage des transports collectifs - notable accroissement du chiffre daffaires des commerçants. Ce qui est exemplaire dans la politique des autorités de Hasselt, cest la volonté de repenser globalement la ville en refusant de procéder par petits à-coups sectoriels. Lorganisation des transports a été modifiée radicalement pour rendre le centre-ville aux piétons. ». Jean Vanderputte (responsable du projet d'Hasselt) précise bien que « le succès de [ce] projet n'est pas basé sur une innovation spectaculaire. C'est la jonction d'initiatives déjà existantes. Mais elles ont été mises ensemble dans un projet global [...]. La simplicité du concept nous a fait nous demander pour quoi nous ne l'avions pas fait avant. ». 7. Un peu de calcul A lheure actuelle, les tl encaissent 52 millions de francs par la vente des billets et des abonnements. Lintroduction de la communauté tarifaire et la mise en service du m2 devrait voir ce montant grimper à 70 millions. Lenjeu est donc clair, la gratuité des tl revient à 70 millions, sans tenir compte dune amélioration des dessertes, fréquences et dune augmentation de la fréquentation. A partir du recensement 2000 Le nombre de pendulaires actifs entrant chaque jour dans Lausanne se monte à 50'000. 60% y vient en voiture avec un taux de remplissage de 1,41. Cest donc 21'000 véhicules privés qui rentrent chaque jour à Lausanne. Si lon tient compte de 250 jours travaillés, que lon fixe arbitrairement un péage dune thune et que lon admet un taux dautomobilistes dissuadés de 20%, on obtient un montant annuel denviron 22 millions. Ce montant est certes loin de couvrir la gratuité des tl, mais il ne tient compte que du trafic des pendulaires venant à Lausanne pour leur travail, il faudrait y ajouter celui de celles et ceux qui viennent y faire leurs courses de façon ponctuelle ainsi que les voitures qui entrent en soirée, notamment les vendredis et samedis, pour leurs loisirs, les transports commerciaux, les allées et venues multiples, etc. A partir des comptages COREL (Lausanne-Région) Les comptages de trafic effectués sur le cordon 2, qui correspond plus ou moins aux frontières communales, indiquent que 248'000 véhicules entrent et sortent chaque jour de la ville de Lausanne. Si lon admet que les véhicules qui franchissent ce cordon en ressortent, que la proportion de véhicules « non lausannois » est la même que celle des pendulaires (49/66ème), que lon fixe à nouveau arbitrairement la taxe dentrée à une thune et le taux dautomobilistes dissuadés à 20% on obtient un montant annuel de 134 millions. La réalité se situe donc quelque part entre 22 et 134 millions, donc vraisemblablement pas loin des 70 millions qui permettraient de financer la gratuité des tl ! 8. La motion La présente motion demande au pouvoir exécutif de la ville de Lausanne d'entreprendre une étude visant à déterminer la faisabilité et les conditions dintroduction dun péage urbain dont le produit financier serait intégralement affecté à la gratuité et à lamélioration des transports publics du réseau tl, y compris les parkings déchange. A cet effet, nous demandons à la municipalité de prendre tous les contacts utiles avec les communes avoisinantes, les autorités cantonales et fédérales, les prestataires de transports publics, ainsi quavec des villes ayant déjà expérimenté le péage urbain (Londres GB, Oslo N, Singapour, Trondheim N, etc.) et les transports publics gratuits (Châteauroux FR, Hasselt B et Seattle USA, etc.) Par ailleurs, nous suggérons une série de questions, loin dêtre exhaustive, auxquelles il nous semble indispensable dobtenir des réponses. 9. Nos questions 1) Quel est le nombre journalier de véhicules « non lausannois » qui pénètrent dans Lausanne (cordon 2 du comptage COREL) ? 2) Quel est le nombre journalier de véhicules « lausannois » qui sortent et par conséquent reviennent dans Lausanne (cordon 2 du comptage COREL) ? 3) Quel est le nombre journalier de véhicules « non lausannois » et potentiellement exonérables du péage (véhicules dhandicapés, bus, taxis, véhicules durgence, poste, véhicules à énergie alternative ou électriques) qui pénètrent dans Lausanne (cordon 2 du comptage COREL) ? 4) Quel est le nombre journalier de véhicules « non lausannois » considérés comme très polluants (4x4, entre autres) qui pénètrent dans Lausanne (cordon 2 du comptage COREL) ? 5) Quel est le pourcentage journalier de véhicules « non lausannois » qui pénètrent dans Lausanne (cordon 2 du comptage COREL) _a/ aux heures de pointe ?_b/ dans les heures creuses ? 6) Quel serait le coût dexploitation dun péage urbain ? 7) Quel serait le coût supplémentaire dexploitation du réseau tl sil devait absorber 20% des passagers empruntant les véhicules dénombrés à la question 1 ? 8) Quel serait le tarif dentrée en ville permettant de financer la gratuité du réseau tl en tenant compte de laugmentation de fréquentation évoquée à la question précédente ? 9) Quel montant pourrait-on affecter à la gratuité du réseau tl ? 10) A combien peut-on estimer léconomie engendrée par la gratuité des tl (plus de machines, suppression des contrôles, de la billetterie SANS licenciement de personnel. Alain Hubler & Evelyne Knecht Lausanne, le 15 septembre 2004
Vers la gratuité