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Que savez-vous du système des péages routiers? Seriez-vous prêts à vous acquitter dune taxe pour pouvoir circuler en voiture au centre-ville? Comment les taxes perçues devraient-elles être utilisées? Voilà le genre de questions que les spécialistes posent de plus en plus souvent aux Suisses. Lan dernier, une première enquête a été menée à Lausanne et dans sa périphérie par le Centre de compétences en urbistique (CREM). Un questionnaire identique est actuellement diffusé à Bâle. Et, à la fin du mois, des groupes de citoyens de Genève, de Zurich et de Bâle seront conviés à des discussions sur ce même thème par TA SWISS, le centre dévaluation des choix technologiques de la Confédération.
«En matière de péages urbains, il ny a pas de spécificité suisse», sourit Christophe Matas qui est responsable de ce dossier au CREM, un institut de recherches fondé conjointement par lEPFL et la ville de Martigny. «Notre étude établit que les automobilistes nen veulent pas, à plus de 60%, seuls les conducteurs qui se rendent rarement dans lagglomération lausannoise y sont favorables. Ce résultat est dans la moyenne européenne.» Pourtant, le chercheur constate une évolution: «En 2001, le CREM sest intéressé à ce dossier quand Pascal Couchepin a vanté le système de péages de Singapour. A lépoque, personne ne voulait en entendre parler. Maintenant, les gens tendent loreille.» Pour Christophe Matas, cest leffet Londres. «Le succès de cette expérience fait réfléchir.» (Lire encadré.)
Du côté des automobilistes, pourtant, la réflexion nentraîne pas encore ladhésion. Lobjectif de létude du CREM, menée par Mathias Reymond, un doctorant du centre qui collabore à cette occasion avec lUniversité française de Montpellier et lOffice fédéral des routes (OFROU), est donc danalyser les raisons de cette résistance et de déterminer les mesures daccompagnement qui rendraient les péages acceptables. «Ce nest pas un travail de politologues, précise Christophe Matas, ingénieur formé à lEPFL. Notre approche est économique et technique, mais ce travail sera utile aux décideurs.»
Impossible sans bus efficaces
Les conclusions de létude ne sont pas attendues avant lan prochain, mais plusieurs axes se dessinent déjà. Une évidence tout dabord: «On ne peut pas penser à des péages sans offrir des solutions alternatives comme un bon réseau de transports publics», souligne Christophe Matas. Il faudra aussi informer: «On sest rendu compte que dans le public la notion même de péage urbain nest pas claire.» Expliquer aussi pourquoi on y recourt: «Si cest pour gagner du temps, donc pour des raisons économiques, cest une chose, si cest pour améliorer la qualité de lenvironnement, cen est une autre. Ces deux approches sont également légitimes, mais le message devra être clair», souligne lingénieur.
Enfin, la transparence devra aussi être de rigueur en ce qui concerne lutilisation de largent des taxes «Ira-t-il aux transports publics, aux infrastructures routières? Aux deux? Quoi quil en soit, il faudra le dire clairement et sy tenir», avertit Christophe Matas. Qui rappelle au passage que «taxe» négale pas «impôt». «Le but nest pas de remplir les caisses indéfiniment. Une taxe a un but, limité dans le temps. Il sagit dencourager un changement de comportement. Si tout le monde prend les transports publics et que les engorgements routiers disparaissent, lobjectif est atteint et la taxe doit être supprimée.»
Anne Kauffmann
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Trop de mobilité tue la mobilité
Lidée ne fait pas lunanimité, loin de là. Pourtant, elle commence à simposer dans les esprits. Car, en ville, lair devient irrespirable et il faudra bien faire quelque chose.
Ulrich Doepper et Georges Kolb, président et secrétaire de la section vaudoise de l'ATE, sont d'accord pour la mise en place de péages à l'entrée des villes, même s'ils reconnaissent que la taxe est injuste socialement. / Photo Chloe Michalakis
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Bien sûr, lidée dun impôt supplémentaire ne plaît pas et cest normal. Bien sûr, les automobilistes sont contre... Mais qui sont les automobilistes? Je vous le donne en mille, cest nous! Pourtant ce «nous» intègre aussi les habitants des villes et des villages traversés à vive allure par des conducteurs pressés (à nouveau «nous»?). En tant quhabitants, nous nen pouvons plus des nuisances sonores, des dangers et de la pollution quoccasionne un trafic incessant. Les temps changent, les mentalités aussi, et le «tout à la voiture» tend aujourdhui à rendre lâme. Cest que, entre bouchons et air irrespirable, même les plus déraisonnables sont daccord pour dire quil faut une modification de nos comportements. Eh oui, les voitures sont trop nombreuses et nous les utilisons trop. Au nombre de combien sont-ils, ces trajets faits en voiture qui auraient pu lêtre à pied, à vélo, en train ou en bus? Sans perdre de temps et sans dommage, le stress de la conduite en moins, un bénéfique exercice physique en sus.
User de contrainte
Les usagers des Transports publics lausannois disent volontiers que seuls ceux qui ne prennent pas le bus ne le trouvent pas performant! Cest que, de fait et pour reprendre notre exemple, le système lausannois est, certes, perfectible une ligne qui ferait Vennes-(Bellevaux)-La Blécherette sans passer par Saint-François est dailleurs attendue avec impatience mais il faut avouer quil ne manque pas datouts dans sa manche. En fait, de lavis de nombreux experts, le problème est ailleurs. Il semblerait que, malheureusement, lincitation tant vantée par certains (incitation qui serait associée aux performances améliorées des réseaux de transport publics) ne suffise pas à faire changer les comportements. Si lon veut quil y ait moins de voitures, il faut rendre la conduite moins attractive. Doù lidée du péage urbain. A Londres, depuis son introduction en 2003, le trafic a diminué de 20%, les bouchons ont été réduits dun tiers et les caisses communales se sont vu créditer dun montant de cent cinquante millions de nos francs. Intéressant, non, en période de disette financière telle que la connaît notre canton?
Pertinence du péage urbain
Ulrich Doepper, architecte EPFL et président de la section vaudoise de lAssociation transports et environnement (ATE), et Georges Kolb, son secrétaire, sont daccord sur le principe dun péage urbain car «il faut bien désengorger les villes». Mais reconnaissent quun tel système est compliqué à mettre en uvre. Et que la taxe a quelque chose dinjuste puisque riches et pauvres paient le même montant. Pourtant, des villes désencombrées donnent un air plus respirable et offrent un cadre de vie plus agréable. Bien des maux dus aux bruits et à la pollution devraient dès lors disparaître deuxmêmes. En termes de coûts de la santé, le bénéfice en serait sans doute grand. Sur la question de la taxe, les deux membres de lATE insistent pour dire quelle ne doit pas être perçue dans le but de construire de nouvelles routes mais doit être affectée à des projets dintérêt général, tels que lamélioration des transports publics par exemple.
Néanmoins, la mise en place dun péage urbain rencontre bien des écueils. Ainsi à lheure de lextension des villes vers de toutes proches banlieues, à partir doù entre-t-on dans la cité proprement dite et dès lors dans le secteur payant? Comment fait-on pour boucler toutes les rues y menant afin quil nexiste aucun moyen déviter le péage? Taxe unique ou selon le kilométrage? Comment la calculer? Comment et où lencaisser? Qui en exempter? A Londres, les handicapés, les dépanneurs et les conducteurs de véhicules à propulsion écologique en sont exemptés, de même que les riverains. Mais comment définir celui-ci? Dautant que toutes les études démontrent que le plus grand nombre de trajets en voiture ne dépassent pas trois kilomètres... Les trois kilomètres les plus polluants qui soient... En outre, si lentrée en ville devient payante, il faudra rendre tous les parkings des centres commerciaux en périphérie payants également, et ce dès la première heure. Cela afin de ne pas prétériter le centre-ville. On le voit, si lidée fait débat, elle nest pas près dêtre mise à exécution. Alors, musique davenir ou utopie?
Patricia Rodio
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