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« Ce que disent les mots »
décorticage par Diane Gilliard |
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| « convivialité » | ||
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Cest un beau mot, convivialité. Il parle de chaleur, de gaieté, damis rassemblés autour dune table chargée de bons vins et de bons mets, de simplicité et de conversations chaleureuses. A en croire les chargés de com, nous baignerions dans un océan de convivialité. Lespace urbain, la communication dentreprise, les bistrots, les écoles de langue, les sapeurs-pompiers, la vente par correspondance, la publicité, le supermarché, le cinéma de plein air, le moindre festival de rock ou de danse folklorique, le hall daccueil des banques (à condition, évidemment, de disposer dun compte bien nourri mais ça, la « com » ne le dit pas), les offices du tourisme. Et les ordinateurs. Tout serait convivial. Ou tout devrait lêtre. La convivialité est un argument de vente, une obligation morale, cest très « tendance ». Qui oserait proposer une activité non conviviale ? Le premier moteur de recherche internet venu propose 941'000 pages à lappel du mot ! Parmi lesquelles une boutique en ligne exhorte : « Profitez de la convivialité du service de facturation et de paiement en ligne », tandis quun site dastrologie propose une initiation aux arts divinatoires « en toute convivialité ». La revue patronale française LEntreprise laffirme : « La convivialité doit passer avant les affaires. » Qui oserait la contredire ? Même le périodique socialiste Domaine public sy met. Selon lui, le citadin genevois vit « entre crainte et convivialité ». Dans le domaine informatique, la convivialité, cest « la qualité dun matériel ou dun logiciel qui est facile et agréable à utiliser et à comprendre » En jargon de webmestre, la convivialité, cest le terme français pour usability. Or usable, en anglais, signifie « utilisable, employable ». Mais que sest-il passé entre ce quévoque intuitivement ce mot et lusage utilitaire et surabondant qui en est fait aujourdhui ? Les dictionnaires courants, sils connaissent le convive (« personne qui se trouve avec dautres à un festin ») ignorent la convivialité. Il faut ouvrir le Grand Larousse en trois volumes pour la trouver. Ce serait la « capacité dune société à favoriser la tolérance et les échanges réciproques des personnes et des groupes qui la composent ». Tolérance ? Beau mot aussi, la tolérance. Mais profondément ancré dans la philosophie libérale, individualiste. Ce qui nous donne un indice sur le vrai sens de la convivialité sous le règne de la pensée unique : un leurre, un argument frelaté destiné à stimuler lactivité commerciale et anesthésiée faussement tolérante dindividus réduits à leur rôle de consommateurs. Heureusement quil reste des résistants pour savoir encore prendre plaisir à une réunion entre amis autour dune table ! |
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