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« Ce que disent les mots »
décorticage par Diane Gilliard |
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| « Le développement durable » |
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Parmi les expressions consensuelles, le développement durable se taille une place de choix. Inscrit dans les programmes politiques à partir de la Conférence de Rio de 1992 puis des recommandations de lAgenda 21, il est quasiment devenu synonyme d« écologie ». Pourtant, sa mise en pratique est laissée aux forces du marché Pour résister au philtre enchanteur contenu dans cette juxtaposition de mots inconciliables (les pédants parlent d« oxymore »), il faut porter attention à un aspect fondamental qui échappe pourtant à de nombreux politiques bien intentionnés. Dans le développement durable, il y a surtout du développement. Depuis un peu plus dun demi-siècle, cette notion a subi des glissements de sens successifs : appliqué à léconomie, développement (terme utilisé notamment par les mathématiciens, qui développent des équations) est devenu synonyme de « progrès », de « modernisation », la clé de la prospérité, grâce à la « croissance ». En effet, il sest beaucoup construit en antithèse de ce que les pays du Nord industrialisés ont appelé le « sous-développement » : « concept charnière, affirme léconomiste Serge Latouche, qui engloutit linfinie diversité des modes de vie de lhémisphère Sud dans une seule catégorie ». Dailleurs, Africains et Amérindiens ont beaucoup de peine à traduire le mot. Alors les Wolof y entendent « la voix du chef », les Cameroun y voient « le rêve du Blanc », tandis que pour les Quechua, poètes, il sagit de « travailler joli pour le prochain lever du soleil ». Aujourdhui, la planète et des milliards de ses habitants crient grâce, ce qui a ouvert lère du « développement à particule » humain, social, durable repris avec candeur par de nombreux opposants à la mondialisation néo-libérale et à ses ravages. Mais que peut bien signifier « durable », dans ce contexte ? Sinon quen étant un peu plus prudent, on arrivera à faire durer le développement, donc la croissance, donc lexploitation, donc le profit, un peu plus longtemps ? Dailleurs, de nombreuses multinationales, adeptes du concept, ne sy sont pas trompées. Car accoler « durable » à développement nest en aucune manière une remise en cause de laccumulation capitaliste. Cest changer les mots, pas les choses. |
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